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Truckly, le pari du cocamionnage : Rencontre avec Marion Choppin

Par - le 26/06/2026 10:03
0 commentaires Lecture 4 minutes

Trois millions de jeunes ruraux refusent chaque année un emploi faute de mobilité. Des milliers de cabines de poids lourds, elles, roulent à moitié vides. Marion Choppin et Diana Bajora ont fait de ce paradoxe la fondation de Truckly, une plateforme de cocamionnage lancée en janvier 2025.

Les deux entrepreneures à impact ont chiffré le gisement : 24 milliards d'euros par an en Europe de capacité dormante dans les cabines de transporteurs. Leur plateforme transforme cet espace inexploité en levier de profit immédiat pour les chauffeurs, tout en offrant une mobilité accessible aux territoires les plus enclavés. Dans un secteur assurant 90 % des flux de marchandises en France mais sous pression sur ses marges, Truckly se positionne aussi comme acteur de la décarbonation logistique, répondant aux exigences de la PPE3, et s'engage à revaloriser durablement l'image du métier de routier.

Comment avez-vous eu l’idée de Truckly ?

Truckly est partie d’une histoire très personnelle. J’étais à l’hôpital, et ma colloc de chambre était une jeune femme en pleine reconversion pour devenir conductrice poids lourd. Je voyais dans ses yeux que c’était un métier passion, alors que dans la vie réelle, c’est un métier invisible, voire dérangeant. Je me suis dit : il faut rendre visible ce métier pourtant essentiel, car 90 % des marchandises transitent par la route.
Quelques mois plus tard, en naviguant sur un site e-commerce, je tombe sur la mention « livraison gratuite ». Cette formule m’a profondément choquée : comment peut-on annihiler le travail de toute une profession en deux mots ?

Je suis entrepreneuse à impact ; c’est l’indignation qui me met en mouvement.
En creusant le sujet, j’ai découvert que 3 millions de jeunes vivant dans des territoires ruraux refusent un emploi faute de mobilité, 40 % d’entre eux selon France Travail.
L’idée s’est alors imposée : faire se rencontrer ces deux mondes, celui des conducteurs routiers et celui des jeunes voyageurs. Truckly optimise chaque flux sans ajouter un seul véhicule sur la route, rémunère le conducteur, et répond aux enjeux de décarbonation du secteur.

La mauvaise image du métier de conducteur routier ne risque-t-elle pas de freiner les voyageurs ?

C’est précisément la mission de Truckly : réconcilier les citoyens avec un métier vital, celui de routier. Déconstruire tous les clichés. C’est pourquoi la sécurité est au cœur de notre dispositif : les conducteurs renseignent de nombreuses informations sur l’application, et disposent de leur permis vérifié.

Les retours que nous avons reçus montrent que les conducteurs apprécient eux-mêmes la présence d’un passager. Florent, avec qui j’ai fait Paris – Saint-Malo, me le disait : même si l’on choisit ce métier pour son autonomie, on reste des animaux sociaux.
Avoir un passager à bord, quand on le souhaite et sur la base du volontariat, c’est une richesse. On n’impose jamais rien : ni à l’entreprise, ni au conducteur. Et ça permet aussi d’ouvrir des vocations, France Travail recense 50 000 postes de conducteurs à pourvoir.

Qui initie la démarche : le transporteur ou le conducteur ?

Les deux cas de figure coexistent. Des conducteurs salariés s’inscrivent sur la plateforme et nous transmettent ensuite les coordonnées de leur employeur pour qu’on le contacte.
À l’inverse, des sociétés de transport souscrivent et proposent ensuite l’option à leurs collaborateurs. Dans tous les cas, le principe reste le même : zéro obligation, 100 % volontariat.

Les contraintes réglementaires des chauffeurs (temps de conduite, pauses) impactent-elles votre modèle ?

La promesse de Truckly, c’est que le voyageur s’adapte toujours au conducteur, et jamais l’inverse. Une minute perdue, c’est de l’argent et cela perturbe toute la chaîne logistique. Le voyageur vient là où le conducteur l’attend. S’il est en retard, le conducteur part, c’est la règle. En contrepartie, on offre un service sécurisé et professionnel. Sur mon trajet Paris–Saint-Malo, nous avons respecté les pauses réglementaires toutes les 4h30. La contrepartie du sérieux, c’est l’adaptation. Et cette contrainte devient une richesse : j’ai rencontré quelqu’un avec un parcours de vie que je n’aurais jamais croisé ailleurs. On s’est livrés comme on ne le fait pas avec sa meilleure amie.
La France a besoin de reconnecter ses citoyens entre eux, Truckly y contribue.

Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez ?

Le défi classique de toute plateforme : faire grossir l’offre et la demande simultanément pour qu’elles se rencontrent. Il arrive qu’un conducteur publie un trajet et que le voyageur intéressé s’inscrive un jour trop tôt ou trop tard. Notre priorité absolue aujourd’hui : augmenter l’offre, encourager les conducteurs à publier leurs trajets, et faire parler de Truckly le plus largement possible.

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