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Le tour du monde en 2072 : Antoine Coupé réécrit Jules Verne

Par - le 02/07/2026 09:46
0 commentaires Lecture 9 minutes

À 33 ans, Antoine Coupé quitte Hellmann Worldwide Logistics après presque trois ans à développer l'activité commerciale en France. Ancien policier reconverti dans le transport et la logistique, il vient de décrocher un double prix au concours des meilleurs mémoires de la supply chain pour un travail hors normes : une réécriture du Tour du monde en 80 jours projetée en 2072, mêlant roman et analyse prospective du transport. Rencontre avec un professionnel qui a osé bousculer les codes académiques.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Antoine Coupé, j'aurai 33 ans dans quelques semaines. Après deux années d'alternance chez Hellmann Worldwide Logistics, un transitaire allemand, j'y ai poursuivi l'aventure pendant onze mois en prenant en charge le développement commercial sur la France et, dans une moindre mesure, l'Europe. Depuis près de trois ans, j'accompagne des clients dans la recherche de solutions de transport (aérien, maritime, routier et ferroviaire) en m'adaptant à leurs contraintes et à leurs marchés. Je m'apprête néanmoins à tourner cette page pour relever de nouveaux défis.
Dans une vie antérieure, j'ai été policier pendant huit ans : deux ans sur le terrain en brigade police-secours à Fougères, puis officier de police judiciaire à la brigade des mineurs de Vitry-sur-Seine.

Qu'est-ce qui vous a attiré vers le secteur du transport ?

Le transport, c'est une histoire de famille. Mon grand-père était routier dans le 35, son filleul a sillonné l'Italie et l'Espagne, et mon père est responsable de production chez Chéreau, le fabricant de semi-remorques en Normandie. J'ai donc grandi dans cet univers.
En 2022, lorsque j'ai repris mes études après ma carrière dans la police, je voulais me relancer en commerce international avec un projet bien précis : m'expatrier en Afrique du Sud pour ouvrir une cave à vin. Ce rêve datait d'un stage en 2012 dans un vignoble là-bas, où j'avais eu la chance d'apprendre tout le processus, de la vigne à la vente. Une expérience gravée dans ma mémoire. Depuis, les priorités ont changé : je viens de me sédentariser et cherche désormais à prioriser ma famille au détriment de ce projet d'expatriation. 

Pourquoi avoir pris le risque d'un mémoire aussi original ?

C'était la première fois que je me prêtais à l'exercice du mémoire, je n'en avais jamais écrit, ni même lu. Pour m'y préparer, j'en ai lu une dizaine en première année. Souvent très bons, rédigés par des majors de promotion, mais tous avec la même forme : introduction, thèse, antithèse, synthèse, je trouvais ça trop scolaire. Dès la première année, je savais que je voulais faire une projection du transport à horizon 2050. Mon directeur de mémoire m'a expliqué que ça s'appelait de la prospective : une discipline sérieuse, fondée sur des faits tangibles, pas de la science fiction. J’ai donc commencé par m’intéresser à Jules Verne, le père de cette approche.

À l'été 2024, je termine Le Tour du monde en 80 jours et l'idée s'impose : réécrire ce roman 200 ans plus tard, en 2072, dans un univers dystopique et futuriste, pour ancrer l'avenir de nos mobilités dans un récit crédible.
Mon directeur de mémoire m'a dit : « Vous êtes complètement fou. J'adore l'idée, mais c'est pile ou face. Vous allez casser toutes les conventions académiques. » On a tenté le pari.

Le mémoire se décompose en deux parties : 80 pages de roman avec des personnages, des interactions, une narration, puis une partie herméneutique qui décrypte chaque innovation mise en avant, en s'appuyant sur des rapports ministériels, NASA, ONU, UNESCO, des livres blancs diplomatiques. Au total, j'estime avoir lu entre 12 000 et 15 000 pages. C'est colossal. J'ai mis ma vie personnelle entre parenthèses pendant deux ans.

Le jury a finalement bien accueilli cette démarche ?

Le jury de soutenance était très curieux, ils ont cherché à me pousser dans mes retranchements. Mais je connaissais le sujet par cœur, ça n'avait pas été rédigé par une intelligence artificielle. Ils ont essayé de me taquiner, mais j'avais du répondant.
Le résultat ? Un double prix au concours des meilleurs mémoires de la supply chain et du transport, prix du jury et prix de la mobilité en catégorie Bac +5, et surtout la publication de l'ouvrage. Il y aurait une quarantaine de thèses publiées chaque année sur l'ensemble des inscrits en enseignement supérieur, selon un article de l'Etudiant de 2013.  C'est le ticket d'or, et j'en suis ravi.

Pour acheter le livre : https://celsedit.com/accueil/594-le-tour-du-monde-en-2072.html

À l'École Supérieure des Transports, ça ne s'était jamais vu. Leur vision a vraiment changé, aujourd'hui, ils encouragent les nouveaux étudiants à casser les codes. Je suis d'ailleurs intervenu en début d'année pour rencontrer les premières années et leur dire : votre mémoire peut être un vrai boost pour votre carrière. Faites-vous plaisir.

Pourquoi 2072 comme horizon ?

Cette date tombe exactement 200 ans après le voyage de Phileas Fogg et Passepartout, qui se déroule en 1872. C'était un clin d'œil à l'œuvre originale. J'avais d'abord pensé à 2050, les objectifs de Paris, la neutralité carbone, mais j'ai vite abandonné : 2072 a plus de punch et de sens.

Envisagez-vous d'écrire d'autres ouvrages ?

Oui, c'est un projet. On en a même discuté avec la maison d'édition !
L'objectif n'est clairement pas d'en vivre, mais de créer une lettre à moi-même : quand je serai octogénaire, j'espère pouvoir relire cet ouvrage et mesurer ce que j'avais anticipé ou raté. Et c'est aussi une lettre de motivation au présent, une cartographie de mes capacités intellectuelles pour les décideurs du secteur.

Ce mémoire a-t-il changé votre pratique professionnelle ?

Profondément. Pour être tout à fait transparent, la décarbonation ne m'intéressait absolument pas avant de reprendre mes études. Suite à ce mémoire, j’ai commencé à batailler dans mon entreprise pour mettre en place des solutions décarbonées.
Ça a aussi transformé mes relations clients, d’ailleurs certains ont rédigé des critiques à la fin de l'ouvrage. Avec un acheteur transport chez Michelin, on a déjeuné une heure et demie : 15 minutes de business, le reste de prospective et de géopolitique internationale. Ce mémoire a forgé des relations professionnelles bien plus profondes.

Demain, j’aimerais m'investir dans une entreprise qui partage ces valeurs. Vendre du transport indifférencié, je sais le faire, mais je ne m'y retrouve pas sur le plan des valeurs.

La décarbonation sera-t-elle le principal moteur de transformation du secteur ?

La décarbonation est incontournable, mais elle se fera dans la douleur. Le secteur est assez ronflant, beaucoup de gens restent sur leurs acquis, ce qui explique en partie les défaillances d'artisans aujourd'hui. Il y a de belles initiatives : Lahaye Global Logistics avec sa plateforme ferroviaire Transfer à Rennes, GTY en Auvergne, qui a réussi à décarboner 10 % de sa flotte avec des tracteurs 100 % électriques. Ou encore l’application de co-camionnage Truckly (Rencontre avec Marion Choppin - Truckly).

Sur le ferroviaire, c'est plus compliqué : l'écartement des voies varie selon les pays, les opérateurs nationaux privilégient leur propre fret, et en France le voyageur est prioritaire sur la marchandise. À l'horizon 2040, on pourrait perdre 60 à 70 % de notre part ferroviaire actuelle, selon le rapport prospectif de l'ART, Autorité de Régulation des Transports. C'est une hérésie. Mais je reste convaincu qu'on va y arriver.

Je crois aussi beaucoup au co-camionnage. J'ai rencontré Marion, co-fondatrice de
Truckly, en début d'année, j'avais justement anticipé l'émergence d'une telle plateforme dans mon mémoire. La notion n'existe pas encore dans les textes de loi, exactement comme le covoiturage à l'époque de BlaBlaCar mais j'espère que fin 2026 ou début 2027, le cadre légal sera en place.

Un mot sur la dimension humaine de cet ouvrage ?

Mon père est co-auteur avec moi. Je lui envoyais les chapitres au fur et à mesure en lui demandant de dessiner son interprétation, sans lui faire lire la partie herméneutique, pour ne pas biaiser ses choix artistiques.
Dans plusieurs Jules Verne, des illustrations immergent le lecteur dans la narration ; on est partis de ce même principe. Je lui ai laissé une liberté totale.

Le transport évolue-t-il trop vite ?

Trop vite sur certains aspects, oui. Si je devais réécrire mon mémoire aujourd'hui, je ne le situerais pas en 2072 mais en 2032. J'ai complètement sous-estimé la progression exponentielle de l'intelligence artificielle. En 2013, deux chercheurs d'Oxford estimaient que 50 % des métiers seraient remplacés par l'IA d'ici 2030 aux Etats-Unis, dont 70% dans le secteur du transport et de la logistique. On y est presque : les postes juniors sont aujourd'hui souvent confiés à une IA, même imparfaite, parce que le différentiel de coût est sans appel. Nous sommes dans une course à la superintelligence, une IA qui s'améliore en continu, en s'appuyant sur d'autres IA pour progresser. On va trop vite.

Certaines de vos anticipations se sont-elles déjà réalisées ?

Trois, à ce stade. Je précise que j'ai rédigé ce mémoire uniquement entre septembre 2024 et juin 2025, aucun événement ultérieur n'a influencé mon écriture.

  • Premièrement, le conflit entre les États-Unis et l'Iran, que j'avais anticipé, j'avais proposé deux options : la mer Rouge ou le golfe Persique.
  • Deuxièmement, l'émergence du co-camionnage.
  • Et troisièmement, l'arrivée des Mechas : ces robots géants issus de l'univers fantastique japonais. En mai dernier, la start-up chinoise Unitree Robotics a présenté un Mecha de 2,70 mètres pour 500 kilos, avec une cabine intérieure. Le Japon l'avait d'ailleurs anticipé dans son livre blanc des transports de 2022 pour la manutention portuaire.

Face à tout ça, on peut choisir de se couper du monde et de refuser tout progrès. Ou l'accepter avec crainte, certes, mais aussi avec émerveillement. Moi, je suis heureux de vivre cette époque et de voir toutes ces mutations s'accélérer.


Photo à la uneCamions au convoi (platooning)
Vous avez un seul ensemble de têtes avec un conducteur et tous les autres camions qui suivent comme des moutons. C'est, je pense, une des innovations qui va arriver assez vite sur le marché face à la pénurie de conducteurs routiers.
Les politiques vont avoir deux choix : faire venir en masse des conducteurs étrangers pour sillonner nos routes européennes. Ou alors il faudra entièrement automatiser la conduite, mais on n'y est pas encore.

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