Grève des routiers : nouvelles négociations prévues fin mars
Suite à l’échec des dernières négociations sur les salaires, l’intersyndicale des transporteurs routiers a de nouveau lancé des actions de blocage des routes dimanche soir et lundi. Les négociations devraient finalement reprendre à la fin du mois.
Débuté le 18 décembre 2014 et intensifié en janvier 2015, le mouvement de grogne des salariés du transport routier de marchandises (TRM) ne faiblit pas, malgré l’assignation en justice de l’intersyndicale par le groupe Charles André la semaine dernière (voir encadré). Le dimanche 15 mars au soir et le lundi 16 mars jusqu’en fin de journée, des actions de blocage de route ont repris un peu partout en France, à Bordeaux, Caen, Clermont-Ferrand, Lille, près de Nantes, Rouen, Toulouse ou sur la zone logistique de Châtres, en Seine-et-Marne. Fabian Tosolini, de la CFDT Transports, recensait lundi « 27 points de blocage ».
L’OTRE, seule organisation patronale prête à négocier
Ces nouveaux blocages font suite à l’échec des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires dans le TRM et à l’interruption du dialogue social intervenue le 9 février 2015 (lien article 42941). Les grilles salariales étant bloquées depuis 2012, 4 minima conventionnels sur 5 sont passés sous le Smic : aujourd’hui, le salaire pour les plus bas coefficients des grilles conventionnelles est de 9,43 euros bruts de l’heure, tandis que le Smic est à 9,61 euros. Alors qu’elle réclamait jusqu’à présent 10 euros de l’heure, l’intersyndicale FO-CGT-CFTC-CFE-CGC, rejointe par la CFDT le 28 janvier, a décidé de revoir ses revendications à la baisse : elle demande désormais 9,82 euros.
« Les nouvelles propositions démontrent une volonté des syndicats à trouver un point d’équilibre »
Mais les organisations patronale FNTR (Fédération nationale des transports routiers), TLF (Transport et logistique de France) et Unostra (Union nationale des organisations syndicales des transporteurs routiers automobiles) ne proposent de leur côté que 9,62 euros. Seule l’OTRE (Organisation des transporteurs routiers européens), qui représente les TPE et PME du secteur, s’est dite prête à négocier : elle propose une augmentation de 2,2% pour les coefficients les plus bas (soit 9,64 euros bruts de l’heure) et de 1,4% pour les coefficients les plus hauts (soit 9,93 euros de l’heure). « Les nouvelles propositions syndicales sont inaccessibles pour les entreprises que nous représentons », tempère Jean-Marc Rivera, secrétaire général adjoint de l’OTRE, « mais elles démontrent une volonté des syndicats à trouver un point d’équilibre ».
Concurrence des entreprises étrangères à bas coûts
L’intersyndicale réclamait jusqu’à maintenant 5% d’augmentation, alors que le patronat ne proposait que 2%. Ces nouvelles propositions « ne sont pas sérieuses puisque, au lieu des 5%, ils réclament une augmentation entre 4 et 4,5% », constate Nicolas Paulissen, délégué général de la FNTR. Il rappelle aussi que les entreprises de transport françaises « sont concurrencées par des entreprises étrangères qui ont des coûts bas ». Avec des marges en moyenne de l’ordre de 1%, un tiers des sociétés de transport seraient ainsi actuellement en situation de précarité économique, selon lui.
« Les relations sociales dégradées dans le TRM pénalisent la capacité des acteurs à faire face aux enjeux du secteur »
Lundi après-midi, l’intervention d’Alain Vidalies, secrétaire d’État aux Transports, a permis de débloquer la situation, lorsqu’il a demandé au président de la commission mixte paritaire d’organiser, dans les meilleurs délais, une nouvelle réunion de négociations. « Les relations sociales, particulièrement dégradées dans le transport routier de marchandises, pénalisent la capacité des acteurs à faire face aux nombreux enjeux du secteur », a déploré le secrétaire d’État dans un communiqué. Cette nouvelle réunion devrait se tenir « le 26 ou le 27 mars », a précisé Thierry Douine, président de la fédération CFTC des transports, lors de la levée des blocages en fin d’après-midi.
L’amendement Macron soutenu par le gouvernement
L’OTRE souligne par ailleurs le dispositif « extrêmement important » de l’amendement gouvernemental antidumping social de la loi Macron. Voté par l’Assemblée nationale le 14 février 2015, il prévoit que les routiers étrangers travaillant temporairement en France soient rémunérés au moins au Smic, avec le statut de travailleur européen détaché.
Alain Vidalies a reçu les représentants des 5 syndicats de salariés début mars pour leur assurer que « le gouvernement irait jusqu’au bout sur la totalité de l’amendement », rapporte Jérôme Vérité, représentant de la CGT. « Mais qui va contrôler les statuts des routiers étrangers, quand on supprime des postes dans l’administration chargée des contrôles ? », s’interroge Patrice Clos, de la fédération Force Ouvrière des transports.
En l’absence d’accord avec le patronat, les salaires des 330.000 salariés dénombrés fin 2013 dans le TRM en France pourraient à nouveau être bloqués en 2015.
Le groupe Charles André assigne l’intersyndicale en justice
Dénonçant un « blocage illégal » des sites de ses filiales, du 25 au 28 janvier 2015, le groupe Charles André vient d’assigner en justice les syndicats CGT, CFDT, FO et CFTC. L’entreprise réclame 307.000 euros de dommages et intérêts auprès du TGI de Paris, pour réparation du préjudice qu’elle estime avoir subi. Indiquant qu’aucun des salariés de ses filiales n’a participé à ces mouvements ni même ne s’est déclaré en grève, elle affirme que ce n’est pas l’exercice du droit de grève qui s’est appliqué. Selon elle, « il s’agit simplement d’agissements fautifs des représentants syndicaux nationaux ».
La réponse des syndicats ne s’est pas fait attendre : rappelant que Jean-Christophe Pic est à la fois secrétaire général du groupe Charles André et président de l’organisation patronale FNTR, ils dénoncent son « attitude provocatrice et inacceptable ». Pour l’intersyndicale, cette assignation en justice « remet non seulement en cause le droit constitutionnel du droit de grève, mais aussi la liberté d’expression des salariés ».
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