Carburants : cours en baisse mais prix en hausse
Les prix des carburants sont en hausse en Europe depuis plusieurs semaines, après six mois de baisse continue liée à l'écroulement des cours du pétrole brut. Une hausse qui défie la logique du marché, selon l’Opep.
Alors que les cours du pétrole brut libellés en dollars ont encore baissé ces dernières semaines, le recul de l’euro face à la devise américaine explique en partie l’augmentation des prix des carburants constatée en Europe. Même si le prix du gazole n'a que peu varié dernièrement à Rotterdam, le marché de référence pour les produits pétroliers raffinés au niveau européen, ceux du super 95 et du super 98 ont en revanche encore fortement augmenté, depuis leur plus bas niveau atteint le 16 janvier. Les marges de distribution des compagnies sont quant à elles restées à peu près stables.
Un marché mondial structurellement excédentaire
La hausse de 20% des prix pétroliers observée en février 2015 sur les marchés à terme « défie les fondamentaux », alors que le marché mondial reste structurellement excédentaire, estime l’Opep (Organisation des pays producteurs de pétrole) dans son rapport mensuel publié le 16 mars 2015. En effet, en enregistrant une « forte hausse » depuis janvier, les marchés à terme ICE Brent et Nymex WTI n’ont pas suivi la logique du marché puisque « l’offre mondiale continue à être supérieure à la demande », avec un excédent approchant un million de barils par jour (mbj).
Alors que les cours du pétrole brut ont déjà chuté de près de 60% en sept mois, ils ont poursuivi leur tendance baissière ces derniers jours : ce même 16 mars 2015, le baril WTI est tombé à son plus bas niveau depuis six ans, à 42,85 dollars, tandis que celui de Brent ne valait que 53,38 dollars, contre 111,80 dollars en juin 2014… Pourtant, malgré des prix demeurant bas, l’offre des pays non membres de l’Opep doit augmenter de 0,85 mbj en 2015, en raison principalement du développement de l’exploitation du pétrole de schiste aux États-Unis.
L’Opep défend ses parts de marché
Les 12 pays membres de l’Opep
- Afrique : Algérie, Angola, Libye, Nigeria
- Moyen-Orient : Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Koweït, Qatar
- Amérique du Sud : Équateur, Venezuela
En 2007, l’Opep contrôlait 78% des réserves mondiales estimées de pétrole, 45% de la production de pétrole brut et 18% de la production de gaz naturel.
L’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis et le Qatar pompent à eux seuls 16 mbj, soit plus de la moitié de la production du cartel.
Certains importants pays producteurs de pétrole ne sont pas membres de l'Opep, comme le Canada, le Soudan, le Mexique, le Royaume-Uni, la Norvège, les États-Unis, la Russie et Oman.
Fin novembre 2014, l’Opep, qui pompe aujourd’hui un tiers de l’or noir mondial, a décidé de maintenir à 30 mbj son plafond de production. Malgré la surabondance de l’offre et la chute des cours, le cartel cherche ainsi à mettre en difficulté les États-Unis et d’autres pays tiers, dont le pétrole brut coûte plus cher à extraire. En 2014, la production de pétrole de schiste aux États-Unis a en effet augmenté de manière spectaculaire, atteignant 1,5 mbj, ce qui lui a permis de grignoter encore de nouvelles parts de marché aux pays membres de l’Opep (voir encadré).
Premier producteur mondial, l’Arabie saoudite a ainsi préféré rogner sur ses marges plutôt que baisser drastiquement sa production, afin de préserver son avantage concurrentiel. Une stratégie qui s’avère payante puisque, selon l’Opep, la production des États-Unis pourrait commencer à fléchir dès la fin de l’année 2015, les compagnies pétrolières ayant réduit leurs investissements et les nouveaux forages à cause de la baisse des cours.
La Russie pourrait perdre 10% de son PIB en 2015
La Russie, 2e exportateur mondial de pétrole mais non membre de l’Opep, est par ailleurs susceptible de perdre 135 milliards de dollars en 2015, soit l’équivalent de 10% de son PIB, annonce l’Opep dans son rapport. « Le pays fait face à de grands défis en raison des sanctions, de la dévaluation du rouble et de la chute des prix du pétrole », souligne-t-elle.
Alors que les hydrocarbures représentent 70% des exportations russes, « chaque baisse de 1 dollar du prix du pétrole représente un manque à gagner de 3 milliards de dollars » pour la Russie, rappelle le cartel. L’Opep prévoit ainsi une baisse de la production russe à 10,51 mbj en 2015, contre 10,58 l’année dernière.
Les Etats-Unis, autosuffisants en pétrole d’ici 15 ans
Selon le rapport annuel du géant pétrolier BP sur les perspectives énergétiques mondiales publié le 17 février 2015, le pétrole de schiste américain devrait continuer à gêner l’Opep ces prochaines années. « La production américaine de pétrole de schiste va croître de 3 mbj entre 2013 et 2035, représentant près des deux tiers de la production mondiale de schiste », souligne ce rapport.
« Après avoir importé près de 60% de leurs ressources pas plus tard qu’en 2005 », les Etats-Unis devraient ainsi devenir un exportateur net d’énergie en 2015 et autosuffisants en pétrole d’ici une quinzaine d’années.
La Chine, premier consommateur de pétrole en 2035
Si la réponse de l’Opep demeure pour l’instant complètement imprévisible, la production du cartel devrait augmenter ces prochaines années, selon BP : « A plus long terme, lorsque la croissance de l’offre de pétrole de schiste ralentira, la production de l’Opep devrait augmenter, dépassant le record historique de 2007 (32 mbj) d’ici 2030 ». La part de marché du cartel devrait alors être autour de 40%, un niveau similaire à la moyenne de ces vingt dernières années.
La consommation mondiale devrait quant à elle augmenter de 37% entre 2013 et 2035, tirée notamment par les demandes de l’Inde et de la Chine. Cette dernière devrait devenir le premier consommateur de pétrole au monde en 2035, mais « la consommation par habitant des Etats-Unis demeurera 3 fois et demi supérieure à celle de la Chine ».
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